Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.
Las! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las! las ses beautés laissé choir! O vraiment marâtre Nature, Puis qu'une telle fleur doit durer Si peu que l'on puisse l'honorer!
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse: Comme à cette fleur la vieillesse Fera ternir votre beauté.
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, devisant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant: Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous la poussière et sous l'ombre vieillissant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant. Par ma voix, au parterre, en terre étendue et belle.
Pas un seul des soupirs que j'ai faits en secret Ne pourra point à présent rendre l'âme au marbre; Car le temps emporte tout, et le temps désempare La fleur et le chant et nous met tous en regret.
Je veux célébrer encor ta douce jeunesse, Et que mes mots, volans, ayent à leur promesse De te rendre immortelle au moins tant que durera Le souffle qui me reste, et qu'en vain on cherra.
A l'ombre d'un buisson, je ferai de ta vie Un livre à toute heure et d'une main ravie; Mes vers te feront voir par des images vives Tes jours rajeunis tous, tes ans contre le givre.