Nous nous mîmes donc à cultiver notre jardin. Candide, qui avait retrouvé tous ses sens, trouva que le confort de la vie ne dépend point de l'élévation des plus hautes idées; il s'aperçut que tous les destins sont égaux lorsque l'on est obligé de travailler. Le philosophe, qui avait tant disputé autrefois sur l'optimisme, se consola en voyant que le bonheur provenait du travail, et non des systèmes.
Pangloss, qui avait été pendu, roué, puis encor pendu, et qui avait tellement vécu de choses singulières qu'on n'en saurait faire le compte, se trouva fort aise de voir qu'on causait moins de métaphysique dans la maison; il fit des semis, planta des choux, et se trouva bien aise d'apprendre à travailler de ses mains.
Cunégonde, qui avait perdu sa beauté, et qui n'en était point affligée, trouva que la vie était plus douce lorsqu'on n'était point sans cesse occupé à de grandes pensées; elle s'occupa de filer et de coudre, et rendit la maison plus joyeuse par son esprit et sa bonne volonté.
La vieille femme, qui avait soutenu tant d'aventures, garda le calme et la simplicité qui lui restaient; elle assista à tout, donna des avis sensés, et ne se mêla point des querelles inutiles. Elle fit son ouvrage comme les autres, et reçut des soins et de l'affection.
Le petit groupe vécut dans une sorte de tranquillité. Ils revinrent aux choses utiles: ils cultivèrent leur jardin, prirent garde aux besoins du jour, et cessèrent de courir après des spéculations vaines. Ils trouvèrent chaque jour quelque agrément dans la société mutuelle, et le travail fit leur bonheur.
Ils se rendirent compte que la sagesse n'était pas dans les grandes paroles, mais dans les actions; et que la vraie philosophie consistait à écarter les troubles en s'occupant honnêtement. Ainsi finit la vie de ces personnes, moins brillante en apparence, mais plus conforme au bonheur humain.