Madame Bovary. Deuxième partie. Chapitre VIII.

Gustave Flaubert

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Quand on eut vu se replier la dernière voiture et s'éloigner le dernier cheval au trot, Rodolphe dit, en rapportant les yeux sur Emma : « Vous êtes toute pâle. » Elle reprit sa gaieté habituelle; il la regarda, et la lui trouva plus belle encore. Le soir, par pudeur, elle eut peur d'attendre seule; elle partit, comme s'il lui fallait échapper à quelque honte, et rentra à la maison implorant son mari de la garder, et lui parlant cependant de la distance où ils étaient, de la contrainte qu'elle avait eu, de la longueur d'une journée ennuyeuse. Charles, qui n'avait pas deviné qu'elle venait de dire la vérité, fut tout surpris de son émotion, et la croyait fatiguée. Ils veillèrent ensemble; il s'endormit le premier. Elle se leva, alla dans sa chambre, resta quelque temps à regarder en attendant la clarté; puis, revenant près de lui, elle le réveilla doucement, et lui présenta sa tête comme autrefois, pour qu'il la baisât. Elle sentait battre son cœur; elle se sentait mouiller les yeux; il baissa la tête, flatta ses cheveux sans sortir de mots. Alors elle eut peur encore d'un remords; elle s'émut, se domina, se rappela des choses qu'on dit dans les romans, et voulut paraître tranquille. Ils baisèrent leur fille; on s'endormit avec un sourire.