Chanson d'automne; Art poétique

Paul Verlaine

Original language · as published

Les sanglots longs Des violons De l’automne Blessent mon cœur D’une langueur Monotone. Tout suffocant Et blême, quand Sonne l’heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure; Et je m’en vais Au vent mauvais Qui m’emporte Deçà, delà, Pareil à la Feuille morte.

Les poètes, artistes avant tout, ont pour premier souci la musicalité; c’est de la musique que naît la poésie. Il faut donc, autant que possible, favoriser l’harmonie, tâcher d’obtenir la nuance qui convient, la sonorité exacte, et ne pas forcer au-delà du poids des mots.

La phrase doit être une musicalité; et le vers n’est plus un simple instrument de métrique, c’est un chant. Les rimes doivent être choisies pour leur timbre et leur valeur sonore, et non pour une vaine régularité.

Le rythme, c’est la vie; mais il ne faut point confondre la force et la lourdeur. Rechercher la nuance, la suggestion, savoir s’arrêter, laisser entendre plus que dire: telle est la leçon.

Éviter l’énoncé net, l’âpreté de l’expression directe; préférer la nuance et la délicatesse; le poète doit effleurer les choses plutôt que les montrer pour les réduire.

Fuir le lyrisme trop démonstratif et le sermon; le poème doit être l’expression d’une sensation, d’une impression intime, non l’exposé d’une thèse.

Enfin, la clarté, sans brutalité, est bonne; mais la poésie accepte aussi l’obscur et le mystérieux, pourvu que l’obscurité soit musicale et non gratuite.