MADEMOISELLE PERNELLE. Ah! que vous êtes injustes, et que vous vous trompez tous, en effet! Vous ne valez rien, vous. Vous vous faites honneur d'avoir des sorts, et vous vous plaignez tous de l'ingratitude d'un sort affreux qui vous accable!
ORGON. Ma mère, faites silence; je vous prie. Vous parlez fort mal, et d'un excès qui défère.
MADEMOISELLE PERNELLE. Et que vous a-t-il dit de si nouveau, pour que vous l'ayez cru sur l'heure? Il vous a dit mille choses, et qui n'étaient point vraies; vous les avez dit mille fois plus follement encore.
ORGON. Je vous défends, madame, avec plus de raison; vous êtes trop pressée; il faut attendre, et ne pas juger sur-le-champ.
MADEMOISELLE PERNELLE. Mais c'est bien, mon fils, vous me traitez de folle; et c'est ce que vous me dites toujours quand je vous reprends. Vous m'avez déjà assurée qu'il n'était point de la même trempe que les autres; et vous m'avez juré mille fois qu'il était d'une grande probité.
ORGON. Oui, oui; mais attendez, ma mère, attendez: je vous dirai, lorsqu'il faudra, ce qu'il en est; aujourd'hui je n'en puis parler, je suis fort occupé.
MADEMOISELLE PERNELLE. Et pourquoi ne le diriez-vous pas dès maintenant? N'est-ce pas aujourd'hui qu'il faut connaître la valeur des gens? Est-ce qu'ils doivent attendre qu'on leur demande leur explication? Vous me semblez entrer dans cette manière de juger, vous autres, qui va jusqu'à soutenir la bêtise et à la rendre fière.