Candide, ou l'Optimisme (extrait : conclusion chapitre 30)

Voltaire

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Ils passèrent encore deux heures dans des raisonnements; mais ils virent enfin que cela ne les menerait guère plus loin, et se couchèrent. Chacun dormit. Le matin ils se levèrent mieux portants.

On ne parlait plus ni d'optimisme, ni de pessimisme; ce qui ne les empêchait pas de bien manger, de faire bonne chère, de chanter quelquefois, et d'être contents.

Il y avait un petit jardin derrière la maison qu'ils cultivèrent avec soin; il y eut beaucoup de légumes, quelques fleurs, et beaucoup de besogne. Leur cérémonie et leurs long discours avaient cessé; ils voulurent vivre en paix, et travailler pour manger.

Candide trouva qu'on n'avait pas besoin d'astronomie pour cultiver un jardin; il s'aperçut que l'on pouvait être heureux sans se perdre en réflexions interminables, et que le vrai bonheur était dans le travail honnête et utile.

Ainsi, à force de retourner la terre, de soigner les plantes et de voir madame la bonne société, ils trouvèrent la plus grande satisfaction, et, malgré leurs anciennes idées et leurs anciennes douleurs, se soutinrent par l'ouvrage.

Il fallut cultiver notre jardin. Voilà la leçon que retenaient les cœurs fatigués: moins de discours et plus de besogne; moins de systèmes et plus de culture réelle et quotidienne.